Voyage sur les flots de galaxies – Hélène Courtois

Une nouvelle vision de la structure et de la dynamique de l’univers, ainsi que de la place de la Voie Lactée en son sein

laniakeaRédigé par une des plus célèbres cosmographes (cartographe cosmique) au monde, ce petit livre relate la découverte de Laniakea, le superamas de galaxies auquel la Voie Lactée appartient, ainsi que les méthodes utilisées pour y parvenir. Mais bien plus que cela, l’ouvrage redéfinit la notion même de superamas, ainsi que la structure et surtout la dynamique à très grande échelle de l’univers.

Deux points sont à signaler : d’abord, c’est une vraie vulgarisation scientifique, absolument tout point un poil technique ou pouvant poser problème au lecteur non-initié est expliqué de façon très claire (ce qui rend d’ailleurs la lecture encore plus rapide pour le lecteur qui, lui, connaît déjà les notions évoquées -le livre ne fait que 166 pages-). Ensuite, l’illustration de l’ouvrage est absolument remarquable : je ne parle pas des photos, mais plutôt des schémas explicatifs, à la fois très clairs et très bien réalisés sur un plan technique. Pour avoir lu d’autres livres de vulgarisation émanant d’auteurs beaucoup plus prestigieux (y compris français) qui étaient déplorables sur ce plan là, je ne peux que saluer la qualité présente ici. Voilà un graphiste qui mériterait de travailler à plein régime, tous éditeurs de vulgarisation scientifique confondus. 

Hélène Courtois, donc, retrace toutes les étapes ayant mené à cette nouvelle vision de la façon dont les galaxies se positionnent dans l’univers, ainsi que de leur dynamique. M’intéressant à l’astronomie depuis trente ans, j’étais familier de pas mal de notions, dont les filaments de galaxies, nœuds de réseau, groupes locaux, amas, superamas, grands murs et vides, mais en revanche, la redéfinition des superamas à une taille sans commune mesure avec la précédente (500 millions d’années-lumière de diamètre !) et la dynamique redéfinie, avec la notion de « bassin-versant », m’était inconnue. Le nouveau superamas dont fait partie la Voie Lactée, Laniakea (mot Hawaïen signifiant « Horizon céleste immense »), comprend ainsi plusieurs éléments qui étaient, dans l’ancienne nomenclature, eux-mêmes qualifiés de superamas, et qui, dans la nouvelle, n’en sont plus que des sous-unités (ceux de la Vierge, de l’Hydre-Centaure ou du Paon-Indien).

Elle décrit les méthodes scientifiques utilisées, leur principe (le plus simplement possible), les étapes et difficultés de leur mise au point, leur résultat, leurs découvreurs (avec un petit point biographique, souvent), ainsi que sa participation personnelle (très importante) à l’aventure. Et c’est là que j’émettrais une vague critique : autant je n’ai rien contre les anecdotes en rapport direct avec la science, autant certaines fois, ça fait un peu 36 15 My life. Déjà que le livre n’est pas épais, mais si en plus il y a du bla-bla…  C’est vraiment, je trouve, quelque chose à employer avec parcimonie dans un livre de vulgarisation scientifique, il faut que les anecdotes personnelles apportent réellement quelque chose, sinon autant ne pas les utiliser. Par exemple, autant j’avais été ravi par celles racontées par Susskind ou Kip Thorne, autant là j’ai trouvé que c’était sympathique, mais parfois un peu hors de propos. Une autre vague critique que je pourrais émettre est que le point de vue de contradicteurs comme celui de Gayoung Chon, qui ne considère pas que Laniakea soit un superamas, n’est pas évoqué.

Quoi qu’il en soit, la nouvelle vision de notre place dans l’univers acquise à la suite de ce livre passionnant est aussi inédite que grandiose : emportés dans un flot de galaxies vers un des « bassins-versants » gravitationnels qui structurent l’univers, au bord d’un autre « bassin-versant » de galaxies (Persée-Poissons) et d’une bulle de vide intergalactique d’une taille inimaginable, modeste élément d’un superamas d’un demi-milliard d’années-lumière de diamètre comptant 100 000 galaxies en plus de la nôtre, petite perle de lumière dans une toile d’araignée tridimensionnelle structurée de façon invisible par la mystérieuse Matière noire, voilà, comme diraient les auteurs de Science-fiction, une sacrée dose de Sense of Wonder ! On s’aperçoit aussi que, loin de la vision passée d’un cosmos en grande partie statique, ou seulement marqué par l’expansion de l’univers, les galaxies sont en fait animées d’une importante dynamique, se structurant en fleuves se jetant dans les bassins gravitationnels. On découvrira, enfin, après le Grand Attracteur qui a fait couler tant d’encre (et mobilisé tant de chercheurs si longtemps), un nouveau « monstre » gravitationnel, le superamas Shapley.

En conclusion

Facile et agréable à lire, particulièrement accueillant pour le complet néophyte, ce petit livre de cosmographie (cartographie du cosmos) très bien réalisé techniquement (nombreux schémas explicatifs très clairs et d’excellente facture), écrit par une des grandes spécialistes du domaine sur un ton enthousiaste prenant, vous donnera une nouvelle vision époustouflante de la place de la Voie Lactée dans l’univers, ainsi que de la structure et de la dynamique (et j’insiste sur ce point) de ce dernier. Un achat hautement recommandable si vous vous intéressez à la géographie / structure du cosmos et à la dynamique des galaxies, et souhaitez faire le point sur les connaissances sur le sujet en 2016.

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