Through shaded woods – Lunatic Soul

Renaissance

through_shaded_woods_lunatic_soulThrough shaded woods est le septième album de Lunatic Soul, qui n’est pas un groupe mais le projet solo de Mariusz Duda, le bassiste-chanteur de Riverside, groupe polonais de Progressif le plus connu. Les deux projets, et Duda évidemment, ont été très marqués par la mort brutale du guitariste de Riverside, Piotr Grudziński, en février 2016. Il aura fallu à Duda un album de Riverside (Wasteland) et surtout deux de Lunatic Soul (Fractured et Under the fragmented sky) pour faire sa catharsis. Le nouvel opus, Through shaded woods, est donc plus marqué par la thématique de la renaissance que par celle de la mort et du deuil (c’est très bien montré dans le clip de Navvie -voir plus bas-). Après une série d’albums très sombres, aussi bien sur le plan thématique que musical (même Walking on a flashlight beam, pourtant écrit avant la mort de Grudziński, ne respirait pas vraiment la joie de vivre), Duda en revient ainsi aux débuts de son projet solo, notamment au Lunatic Soul II de 2010 (une chanson du nouvel album s’appelle d’ailleurs Transition II).

Mais le changement ne s’est pas opéré que dans la thématique ou la couleur émotionnelle de l’album, mais aussi sur un plan musical : les deux projets de Duda ont énormément évolué au cours du temps (Riverside est passé de groupe de Metal Progressif assez couillu à quelque chose de plus léger et utilisant plus d’électronique au fil des albums), et Lunatic Soul (LS) marque avec ce nouvel opus une évolution importante, avec une diminution assez radicale de la part d’électronique et d’acoustique pour un son de basse plus burné et un tempo plus rapide. Duda a aussi employé une Piccolo en parallèle de son instrument normal, c’est-à-dire une basse accordée une octave plus haut pour un son qui se rapproche de celui d’une guitare (mais à quatre cordes, du coup). Or, il faut savoir qu’une des particularités de LS, jusque là, était justement le fait que Duda n’y utilisait pas de guitares. Moins d’électronique, une batterie plus en retrait, une basse plus agressive et l’utilisation d’une Piccolo, on voit donc que le nouveau cocktail est très différent de celui des précédents albums de LS. Certains, en écoutant les extraits mis en ligne sur Youtube de Through shaded woods, se sont même fait la réflexion que cet album de LS sonnait même plus Riverside que le dernier opus de… Riverside

Dernier changement, et non des moindres, l’inclusion d’une dose de folk et de thématiques slaves dans la musique de LS, particulièrement visibles et audibles dans Navvie, mais pas seulement. Là encore, cela donne à l’album un ton et une rythmique enjoués qui tranchent avec la mélancolie et la noirceur qui étaient les caractéristiques du gros de la production de Duda jusque là. Un Duda d’ailleurs dans une forme olympique, aussi à l’aise à la Piccolo qu’avec sa basse standard, aussi bon bassiste qu’il est un chanteur à la voix bouleversante. Les amateurs de Prog’ vous diront que Duda est, avec Steven Wilson et quelques autres, un des plus beaux représentants de ce genre apparus lors des deux dernières décennies, et cela n’a probablement jamais été aussi vrai que sur cet album. 

Si l’on excepte Transition II, piste de 27 minutes qui n’est hélas pas un de ces epics dont le Prog a le secret mais quelque chose d’un intérêt limité, tous les autres titres sont intéressants à divers degrés, du sympa mais sans plus (Vyraj, Hylophobia) au vraiment très bien mais pas tout à fait au top (The passage, Through shaded woods, Oblivion). Mais trois chansons sont les joyaux de cette couronne : tout d’abord Navvie, avec son côté folk, slave, son rythme entraînant, son clip très réussi et la voix grave de Duda propre à donner des frissons au plus froid et blasé d’entre vous : 

Ensuite le magnifique The fountain, sans conteste le plus beau morceau de l’album, et de loin, un bijou de mélancolie plus typique du style de Duda : 

Enfin, le dernier mais non des moindres, le monstrueux Summoning dance, qui commence doucement avant d’exploser après 5’15 (avec un énorme son de basse !), avec même un passage vaguement… Iron Maiden à 7′, et qui tourne chez votre serviteur sans discontinuer depuis trois jours que j’ai reçu cet album : 

Mariusz Duda a fini sa catharsis, a digéré la mort de son ami Piotr, et est reparti de l’avant. Après trois albums-testaments en hommage au guitariste de Riverside, le chanteur de ce groupe opère sa propre renaissance via un album de prog-folk somptueux, un des meilleurs d’une année 2020 pourtant riche en sorties d’envergure (Haken, The Pineapple thief, un nouveau Steven Wilson en approche, etc). Et tant que j’y suis, un live de Riverside enregistré en 2016 sort le mois prochain, donc le polonais n’a pas fini de nous régaler ! 

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