Unbelievable

Mais si, il faut y croire ! 

UnbelievableUnbelievable (qu’on traduira par « difficile à croire » plutôt que par « incroyable ») est une mini-série américaine en 8 épisodes disponible depuis le 13 septembre 2019 sur Netflix. Elle est basée sur des faits réels et apparemment très peu romancée. Elle décrit la traque d’un violeur en série ayant sévi dans l’État de Washington (donc dans la région de Seattle, puisque la ville de Washington est située, elle, dans le District de Columbia, de l’autre côté du pays) et dans le Colorado. La série est basée sur un article publié en 2015, ayant obtenu le prix Pulitzer et qui a décrit avec minutie toutes les étapes de l’enquête (ainsi que certaines de ses insuffisances).

D’une sobriété exemplaire vu le sujet, aussi peu proche d’une série policière américaine moyenne qu’il est possible de l’être, Unbelievable est remarquable sur bien des plans, comme je vais essayer de vous le démontrer. Le public et la critique ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, puisqu’elle a reçu ce que l’on peut qualifier sans hésitation d’accueil triomphal : 95% sur Rotten Tomatoes et 82% sur Metacritic.

Intrigue, personnages

La série est découpée en huit épisodes et divisée en deux trames temporelles : dans le premier épisode, la première de ces trames débute en 2008, quand Marie, une jeune femme à peine sortie de l’adolescence, vivant dans une résidence pour jeunes en difficulté, prétend avoir été violée chez elle au petit matin. Et je dis bien : prétend. Car très vite, deux de ses anciennes mères d’accueil (elle a été ballottée de famille en famille durant des années) émettent des doutes sur son histoire, tout comme les deux inspecteurs (masculins, la précision est d’importance) chargés de l’enquête, qui voient des contradictions dans son compte-rendu des prétendus événements. Sous la pression qu’ils lui mettent, Marie change plusieurs fois de version, se contredisant avant de finir par avouer qu’il n’y a pas eu de viol. Ce qui lui vaut d’ailleurs un mépris général (ou quasiment) de la part de ceux qui ont initialement compati à son sort. Pourtant, le spectateur doute. La réalisation est très habile, vous montrant notamment une adolescente assez délurée et aimant attirer l’attention sur elle, vous faisant plutôt prendre le parti de policiers exaspérés par une jeune femme qui les empêche de s’occuper de vraies victimes. Il n’empêche que vous sentez qu’il y a anguille sous roche. Je ne vous dirais pas ce qu’il en est, vous découvrirez ça par vous-même.

À partir du second épisode, nous allons suivre les deux lignes temporelles en parallèle : d’une part, nous continuons à voir ce qui arrive à Marie en 2008, et d’autre part, nous faisons la connaissance de Karen Duvall, inspectrice dans la Police de Golden, Colorado. En 2011, elle enquête sur un viol qui est très similaire, dans son mode opératoire, à celui décrit initialement par Marie. Sauf que seul le spectateur s’en rend compte, vu que Karen n’a aucune connaissance de cette affaire, après tout classée par la police de l’État de Washington. Il se trouve cependant que le mari de Karen, lui aussi policier, mais dans une autre ville du Colorado, Westminster, lui dit que l’inspectrice vedette locale, Grace Rasmussen, bossait elle aussi sur une affaire étrangement ressemblante… Donc, à partir de l’épisode 3, les deux femmes vont collaborer, se rendant compte qu’elles ont probablement affaire à un seul violeur, en série, donc.

L’enquête se poursuivra dans les épisodes 4-6, avant de se conclure dans le 7, et de voir ses conséquences dans le 8. Les deux derniers épisodes étant d’ailleurs, avec le premier, de loin les meilleurs. Les deux lignes narratives temporelles vont fusionner dans l’épisode 8 en une seule, située en fin 2011.

Look & feel

Ce qui m’a tout d’abord frappé, que ce soit au niveau de la colorimétrie, du grain de l’image, des environnements, du casting, du traitement sobre et élégant d’un sujet qui aurait pu donner lieu à des scènes graveleuses ou à un pathos maladroit, c’est le fait qu’on n’a pas du tout l’impression d’être en face d’une série américaine, surtout policière, classique. À vrai dire, à part les paysages et les uniformes des policiers, plus la présence du FBI, on pense plus à une série anglaise qu’à autre chose. En tout cas, on est très, très loin d’une série comme Hawaii 5-0, par exemple, avec ses couleurs qui claquent, sa réalisation abusant de plans aériens, sa musique qui alterne entre les chansons de college radio et ses séquences rythmées dans les scènes d’action, ses acteurs et actrices gravures de mode et ses armes et autres équipements très tacticool. Attention, j’aime bien cette série, ce n’est pas la question, mais là, on en est totalement à l’opposé.

Casting et jeu d’acteur, mise en scène

Il faut tirer un grand coup de chapeau à la directrice ou au directeur de casting, parce qu’il / elle a vraiment fait des miracles. La jeune Kaitlyn Dever, qui joue Marie, est bouleversante de fragilité (les épisodes 1 et 8 sont une tuerie, à ce niveau), et on compatit pour cette jeune femme brisée, qui, au sortir d’une enfance très compliquée, se voit broyée par le système et la société pour une erreur. Toute la question posée par les épisodes 1-7 est de savoir s’il s’agit de la sienne… ou pas.

De même, le duo formé par Karen (incarnée par Merritt Wever, déjà remarquée dans Nurse Jackie et peut-être surtout dans les très féminin et très badass Godless) et Grace (jouée avec son brio habituel par Toni Collette) est excellent, la première étant une femme croyante et douce, mais néanmoins d’une détermination inflexible à arrêter le monstre qui a brisé la vie de tant de femmes (de profils très différents, tant sociologiques que physiques, en terme d’âge, etc), la seconde étant à la fois et paradoxalement flamboyante et désabusée. On remarquera aussi un second rôle qui se détache, celui de l’agent du FBI joué par l’acteur Scott Lawrence, que les nostalgiques de JAG retrouveront avec plaisir. On retiendra également que les victimes du Colorado sont aussi remarquablement incarnées par des actrices aux profils très divers mais au jeu sans faille.

Plus que de prendre la bonne tête pour le bon rôle, le génie de ce casting tient aussi au jeu tout en sobriété de ces actrices et acteurs, là encore à des années-lumière de la série policière américaine moyenne. On retiendra aussi une mise en scène tout en pudeur, les flashbacks sur les scènes de viol étant montrés juste assez pour que le spectateur comprenne ce qui s’est déroulé mais certainement pas au niveau racoleur qu’on a pu voir, par ailleurs, dans des séries ou des films US jadis. Certes, les émotions sont montrées, aussi bien les négatives que les positives (sur la fin), mais c’est toujours fait avec classe, élégance et à-propos. La série n’est pas seulement crédible parce qu’elle est basée sur des faits réels, qui ont été relatés pratiquement sans les romancer, mais elle l’est aussi, et sans doute surtout, parce que le traitement fictionnel qui en est fait l’a bien été, aussi bien par les acteurs que par les réalisateurs ou scénaristes.

Au final, cette série, qui montre une image très ambivalente de la police, de ses succès et de ses échecs, d’inspectrices qui vont jusqu’au bout et d’inspecteurs qui tirent peut-être des conclusions hâtives ou erronées, qui est centrée sur des crimes monstrueux mais montre avant tout l’humanité profonde de certains et l’absence de compassion d’autres personnes, est aussi intéressante que bouleversante, surtout au début et à la fin. Histoire d’être pinailleur, on mentionnera peut-être un relatif manque de rythme au milieu, mais certainement pas de quoi m’empêcher de vous conseiller une série qui mérite bel et bien son triomphe critique.

 

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