The boys – Saison 1

Sanglant, cynique, profond, touchant, et… drôle ! 

the_boysThe boys est une série dont la première saison a débarqué il y a quelques jours sur Prime Video, et qui avant même sa mise en ligne, a déjà été renouvelée pour une seconde (et disons-le tout de suite, c’est totalement mérité et justifié). C’est une série de super-héros, mais disons-le clairement, à part à la rigueur le film Watchmen, elle n’a presque rien à voir (en tout cas en terme de ton et de violence, voire de gore) avec le reste de la production ciné / TV dans ce domaine. Comme l’image ci-contre l’évoque, elle est tirée d’un comic, mais d’après les spécialistes dans le domaine, elle a su s’en démarquer sur la forme (souvent provocatrice un peu puérilement) pour en conserver l’essentiel, à savoir l’esprit.

À condition de ne pas être allergique à la violence, au sexe et au gore, The boys est un show à ne rater sous aucun prétexte, que ce soit sur le plan des œuvres de super-héros (où elle constitue sans conteste une nouvelle référence, désormais) ou sur celui, plus large, des séries, car c’est, à mon sens, clairement la sortie de l’année (en tout cas, ce ne sont pas les shows de SF récents de Netflix, Nightflyers ou l’à-peine moins mauvais et lui aussi très récent Another Life qui risquent de lui faire concurrence !).

Univers

L’Amérique, de nos jours. Enfin, pas tout à fait la nôtre. Depuis une quarantaine d’années, des bébés dotés de super-pouvoirs se sont mis à apparaître, mais uniquement aux USA. La théorie est simple : God bless america(n uterus). Point. Si certains super-héros (SH) sont indépendants, les plus redoutables ont signé des contrats avec une puissante société, Vought International, qui, à son tour, les loue, moyennant des sommes faramineuses, aux grandes villes américaines, où ils font régner l’ordre. Bref ce qu’ils font chez Marvel ou DC, sauf qu’ici ils ne le font pas gratuitement. On voit dès lors déjà une première différence majeure avec l’oeuvre de SH habituelle.

Les plus puissants et les plus connus de ces SH sont appelés les Sept : il s’agit de la vitrine publicitaire de Vought. Si leur immeuble évoque celui des Avengers dans les films (croisé avec la tour de refroidissement d’une centrale nucléaire…), en revanche la composition de l’équipe laisse peu de place au doute sur l’inspiration, à savoir la JLA de DC. Ainsi, le Protecteur est un équivalent de Superman, Maeve de Wonder Woman, L’Homme-Poisson d’Aquaman, A-Train de Flash et Black Noir de Batman (fortement croisé avec le Snake Eyes de G.I. Joe, cependant). Seuls Translucide et Stella évoquent plus des SH Marvel (la seconde ayant un petit quelque chose de Dazzler, en plus nunuche encore).

Si, devant une caméra ou un public, le Protecteur a l’air d’être aussi noble que Superman, dès qu’il se retrouve en privé ou qu’il n’y a plus de témoins, il révèle sa vraie nature : cynique, indifférent au sort de toute l’Humanité sauf deux personnes, capable de laisser crever des gens si cela sert ses intérêts, prenant plaisir à tuer (et de façon très sadique), etc. D’ailleurs, tous les membres des Sept en général sont une belle bande de salopards : un passant tué ? Dommage collatéral ! Une fille violée ou forcée à des rapports sexuels oraux ? Normal, je suis une star irrésistible ! Je bois, je me drogue ? Je suis un SH, je fais ce que je veux !

Bref, on a un contraste saisissant entre l’image publique des SH et leur comportement privé, qui évoque nettement plus le Crime Syndicate of America (la contrepartie maléfique de la Justice League of America de Superman / Batman / Wonder Woman dans un monde parallèle) qu’autre chose.

Scénario

Hughie, vendeur dans un magasin d’électronique, est en train de discuter avec sa copine quand celle-ci se désagrège littéralement devant ses yeux (dans une scène ultra-gore). Elle a été percutée par le membre des Sept A-Train, lancé à pleine vitesse. Devant le cynisme des soi-disant excuses et compensations financières proposées par Vought, Hughie va nourrir des rêves de vengeance. Il va alors être contacté par Butcher, un ancien agent de la CIA qui nourrit lui-même une énorme rancœur contre les Sept. Lorsqu’ils vont monter un plan pour poser un micro dans la salle de réunion de ces derniers, ils vont être confrontés à Translucide, le Sept invisible et invulnérable (et aussi un gros pervers…). Butcher va alors recomposer son ancienne équipe, formée de « La crème », du « Français » (joué par un acteur israélien !), puis d’une mystérieuse SH mutique et sauvage. La rencontre fortuite de Hughie avec le dernier membre en date des Sept, la gentille Stella, et ce en civil, va fournir à l’équipe des opportunités inédites, tandis qu’en tentant de découvrir pourquoi A-Train était si pressé et agité le jour de l’accident, les « Boys », comme Butcher les surnomme, vont mettre au jour un énorme secret. Et le spectateur va en apprendre plus sur le passé à la fois des Sept et surtout de Butcher !

Les rebondissements du scénario sont absolument remarquables, et très bien amenés, rien ne fait artificiel. Le rythme des révélations est également très bon.

Visuels

Premier constat : l’image est magnifique. En terme d’aspect, de qualité des décors, des effets spéciaux, etc (seuls quelques costumes de SH -à l’exception de celui du Protecteur- font un peu toc à mon goût, le pire étant celui de A-Train), on est sur le niveau d’un film à gros budget ou de la crème des séries (style GoT).

Deuxième constat : le casting est une tuerie. Chaque acteur est parfait ou quasiment dans son rôle, même si Karl Urban et surtout Antony Starr (il est vrai habitué aux rôles de taré, vu son expérience dans Banshee) dépassent les autres de la tête et des épaules. Franchement, si Starr ne décroche pas une récompense pour sa performance hallucinante, c’est à désespérer. Son alchimie avec Elisabeth Shue, qui joue la perverse vice-présidente de Vought, est remarquable.

Troisième constat : la réalisation est virtuose, rien à dire là-dessus, ni sur les dialogues ou le scénario, écrits aux petits oignons. L’intrigue est passionnante, on tremble pour les héros, les méchants nous scandalisent, on s’indigne devant le traitement fait aux femmes, bref on vit cette histoire. Histoire qui, loin de s’en tenir à la forme, explore aussi bien des thèmes (défauts, plutôt…) de société (les fake-news, la part des réseaux sociaux et de la télé-réalité dans nos vies, le harcèlement sexuel, l’impunité dont se croient investis les gens puissants et connus, le cynisme et les mensonges éhontés des élites, etc), ainsi que celui de la militarisation des SH courant dans les comics et les films / séries qui en sont tirés, mais qui bénéficie ici d’un traitement très original.

Mais… eh bien non, mais rien ! 

Mais cette série, pourtant excellente, ne se destinera pas à tous les publics. Elle est à la fois très violente et très explicite, montrant des scènes gore, de viol (plus suggérées qu’autre chose, heureusement), de sexe, et de tabassage ou de combat presque constamment. De ce point de vue, certaines spectatrices et spectateurs ne seront donc peut-être pas capables de la supporter, malgré les qualités que je viens de décrire (et une certaine originalité dans le monde très codifié des SH).

Il me faut cependant préciser que tout ce cynisme, cette noirceur, cette violence est heureusement compensé par un humour (noir) omniprésent (rien que le sort de Translucide est excellent !), par des dialogues entre les Boys souvent réjouissants, et par le personnage de l’Homme-Poisson, qui est certes antipathique au début, mais qui part ensuite dans des délires totalement hilarants (les tentatives de sauvetage du dauphin ou du homard). Et puis évidemment, il y a l’histoire d’amour entre Hughie et Stella, qui apporte un peu de tendresse dans ce monde de brutes (tout comme les remords de Maeve contrebalancent le cynisme écœurant du Protecteur, ou le chagrin de Hughie celui de Butcher), ou le comportement du gros costaud « La crème », qui se transforme en toutou bien obéissant dès que sa redoutable femme l’appelle au téléphone. Et que dire de l’improbable rôle d’Haley Joel Osment en SH has been, ou de Simon Pegg dans celui du père de Hughie ?

Bref, oui, c’est noir, violent et ultra-gore, mais nom de moi-même, qu’est-ce que c’est bien ! Si vous avez accès à Prime Video, n’hésitez surtout pas, cette série est une tuerie !

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur cette première saison de The Boys, je vous conseille la lecture des critiques suivantes : celle de The Power Zone,

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18 réflexions sur « The boys – Saison 1 »

  1. J’en suis à l’épisode 4 et pour le moment je suis tout a fait d’accord, j’accroche !
    Je crois pas encore avoir vu Haley Joel Osment (?) mais Simon Pegg au début tu te demandes si c’est bien lui vu le contre-emploi.

    Aimé par 2 personnes

    1. C’est clair. Entre le casting (à part Katee Sackhoff) ultra-mauvais, les scènes de sexe racoleuses, les effets spéciaux tout pourris, le scénario affligeant (les persos sont complètement cons…), les imbécillités sur le plan scientifique (à ce stade, ce n’est même plus de la Soft SF, c’est un nouveau genre : l’anti-Hard SF), les tropes SF vus cent fois (et en mieux…), et j’en passe, c’est vraiment très mauvais.

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  2. J’ai entendu parler du comics en grand bien aussi ! Je tenterai certainement la série, je suis très curieuse de voir cette nouvelle façon de présenter les super-héros, dans un contexte plus « lucide », plus réaliste en un sens. Ça changera effectivement des autres films et séries du moment sur le même thème. Et j’avais beaucoup aimé Watchmen. Merci pour cette belle présentation qui donne envie, même si The Boys n’est pas à mettre sous tous les yeux !

    Aimé par 1 personne

  3. Tout à fait d’accord, Boys est sans aucun doute une des deux ou trois meilleures séries de l’année. Avec l’équipe aux commandes de Preacher, on ne pouvait que s’attendre à quelque chose de bien mais je dois avouer que c’est encore mieux que ça!

    Aimé par 1 personne

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