Zodiac – David Fincher

Une enquête exceptionnelle

zodiac_fincherZodiac est un film réalisé par David Fincher, sorti en 2007. Il est basé sur un livre (pas un roman, attention) écrit par Robert Graysmith (joué, dans le long-métrage, par Jake Gyllenhaal) et publié en 1986. Il y raconte toutes les étapes de la traque d’un tueur en série, qui se faisait appeler le Zodiac (peut-être du nom d’une marque de montres), qui a terrorisé la Californie à la toute fin des années soixante et dans les années soixante-dix. Précisons-le tout de suite, si le film, comme le livre sur lequel il est basé, donne un sérieux faisceau de présomptions pointant vers une personne précise, il ne fournit pour autant aucune réponse ferme et définitive. D’ailleurs, même aujourd’hui, notamment via les analyses ADN, aucune certitude n’existe, même si l’enquête reste ouverte dans certains des comtés californiens qui ont eu à déplorer des victimes.

Ce qui rend ce film assez hors-normes est à la fois sa longueur (2h40), le fait que les policiers et journalistes impliqués dans l’enquête soient beaucoup plus mis en avant que le tueur, ainsi qu’une réalisation qui fait largement l’impasse sur les scènes de type thriller, d’action ou sanglantes (même si elles sont présentes, surtout au début du film), pour se concentrer minutieusement sur la recherche d’indices, de suspects, la construction de théories, etc. Cela n’exclut pas du tout les scènes puissantes, bien au contraire (on pense à celle où, en 1983, Graysmith va dans le magasin où travaille le suspect), mais tranche avec le traitement habituel de la thématique du tueur en série au cinéma américain. Notamment dans un film qui a, lui aussi, été (cette fois indirectement) inspiré par cette affaire, et qui n’est rien de moins que… L’inspecteur Harry, sorti en 1971 (et dont une séance est d’ailleurs montrée dans le film de Fincher). 

Intrigue, casting, rythme

L’histoire commence le soir du 4 juillet 1969. Alors qu’ils discutent tranquillement dans leur voiture, dans un coin isolé, un couple est attaqué par un homme, qui abat la femme mais laisse l’homme en vie. C’est d’ailleurs un schéma qui se reproduira dans le film (et dans le comportement réel du tueur) : il est tellement focalisé sur le fait de faire du mal à la femme, dans un couple, qu’il néglige souvent d’achever son compagnon. Après cela, plusieurs services de police et journaux de la région de San Francisco reçoivent des lettres signées par un mystérieux Zodiac, donnant des détails précis sur les meurtres (position des corps, marque des munitions utilisées, etc), comprenant des cryptogrammes à déchiffrer, ainsi que des provocations envers la police et des menaces ou des indications de meurtres à venir. Ceux-ci sont d’ailleurs sans rapport évident entre eux : un couple attaqué au bord d’un lac, un chauffeur de taxi exécuté d’une balle dans la nuque en pleine course, etc.

A partir de là, le film va suivre les principales personnes impliquées dans l’enquête : deux policiers, d’abord, Mark « Hulk » Ruffalo jouant l’inspecteur Dave Toschi, ainsi que Anthony « Goose / Docteur Greene » Edwards dans le rôle de son coéquipier, le placide William Armstrong (au passage, dans le registre « charisme de poulpe », Chloë Sevigny, qui joue la femme de Graysmith, n’est pas mal non plus) ; deux personnes travaillant au San Francisco Chronicle, le journal qui est lu par le Zodiac, ensuite, Paul Avery joué par (le génial) Robert Downey Jr, journaliste d’investigation fantasque ayant un lourd penchant pour la bouteille et ne se déplaçant presque jamais sans une cigarette au coin du bec, et son exact opposé, l’introverti Robert Graysmith, le dessinateur du quotidien, incarné par un Jake Gyllenhaal comme très souvent habité par son rôle. Le film va montrer de façon très minutieuse près de deux décennies d’enquête, ainsi que la façon dont celle-ci va tourner à l’obsession pour les protagonistes, détruisant leurs couples, leurs carrières et leur santé. Le rythme est… j’allais dire lent, mais non, il est plus posé que lent, il ne faut pas vous attendre à quelque chose de trépidant. Pourtant, on ne s’ennuie jamais en 2h40, un tour de force !

Pour moi, le casting est un des points forts du film : si la performance de Jake Gyllenhaal est digne d’éloges, c’est celle d’un Robert Downey Jr au sommet de son art qui retient l’attention. Tourné avant qu’il ne commence à incarner Tony Stark / Iron Man dans les longs-métrages du MCU (Marvel Cinematic Universe), Zodiac prouve que l’acteur américain est aussi à l’aise dans le rôle d’une sorte de semi-clodo Hippie désabusé mais gentilhomme, en quête d’exposition médiatique et de gloire, que dans celui du playboy milliardaire à exosquelette de combat pour qui faire la une de la presse people est naturel. J’adore cet acteur, et si tout le monde ne sera peut-être pas d’accord sur le fait que sa performance est un des piliers du film, tel est pourtant mon avis. Mark Ruffalo est également très bon, et on notera aussi le jeu plein d’une sorte de grandiloquence paternaliste de Brian Cox dans le rôle d’un avocat médiatique et le côté « type normal mais pourtant glaçant » de John Carroll Lynch, qui joue le principal suspect.

Réalisation, BO *

* Inner city blues, Marvin Gaye, 1971.

Une bonne histoire (surtout basée sur des faits réels, ce qui ne lui donne que plus d’impact), un bon casting et des performances à la hauteur de la réputation des acteurs ne font pas tout, de nombreux autres facteurs contribuent au succès ou à l’échec d’un film. Dans ce registre, outre le traitement inhabituel du serial killer, ici en grande partie relégué au second plan, on notera également une approche peu standard de la musique, surtout dans le cadre d’un thriller à tueur en série où, en général, la bande-originale est composée afin de créer l’angoisse et le suspense. Rien de tel ici : la BO est à la fois très discrète et basée sur un patchwork musical de petits bouts de chansons de l’époque. Le reste est issu d’extraits de BO antérieures et est de toute façon minoritaire. L’ambiance est plus créée par l’image et l’interaction entre les acteurs que par l’illustration musicale, même si celle-ci recrée à merveille ce qu’on s’imagine être l’atmosphère de ces années-là en Californie (et non, pas de Beach Boys ou de disco !).

L’image est très léchée : le travail sur les ombres et les lumières est soigné, notamment, surtout dans les scènes de nuit impliquant le tueur (que ce soit celle du début ou celle, glaçante, de la femme avec son bébé). On remarquera aussi des angles de vue inhabituels, de type survol par drone, créés par ordinateur. Ce qui me conduit d’ailleurs à mentionner près de 200 plans augmentés ou entièrement conçus par CGI, un chiffre ma foi assez inhabituel dans un film qui n’est ni de super-héros, ni de Science-fiction ou de Fantasy. Outre une reconstitution de la Californie de l’époque ou l’ajout de projections de sang plus pratiques que des effets réels en cas de prises multiples, ces effets ont servi à entièrement recréer en studio une intersection, en plein San Francisco, qui avait trop changé en près de cinquante ans pour qu’on y tourne la scène, une des séquences-clés du film. Et de toute façon, les habitants ne souhaitaient pas revivre les événements ou y être associés, donc le croisement entier a été recréé sur fond bleu. Signalons que la plupart de ces effets spéciaux ne se voient qu’avec un œil exercé, et ne font pas artificiel.

Au final, ce film, consacré à une affaire que je ne connaissais pas du tout (et dont je ne savais pas qu’elle avait servi de base à L’inspecteur Harry) se révèle, malgré sa longueur et ses choix assez inhabituels (de défocalisation du tueur en lui-même, notamment), particulièrement prenant. Je viens de le voir pour la troisième fois en une dizaine d’années, et je suis à fond dedans à chaque fois. Je vous conseille donc vivement son visionnage s’il repasse à la télévision, ou son achat.

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4 réflexions sur « Zodiac – David Fincher »

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