Les rêves dans la maison de la sorcière – Pion / Lovecraft / Sapin

Une adaptation correcte sur le point qui me préoccupait le plus (l’ambiance), mais pas forcément totalement satisfaisante sur d’autres plans

sorciereLes rêves dans la maison de la sorcière est une adaptation en BD d’une nouvelle signée H.P. Lovecraft, La maison de la sorcière, publiée en 1933. Malgré sa très mauvaise réputation dans les cercles Lovecraftiens, ce texte est peut-être celui qui m’a le plus frappé et impressionné chez le Maître, avec l’Abomination de Dunwich. Pour bien comprendre la puissance de l’impact qu’il a eu sur moi, il faut réaliser que j’ai commencé à lire du Lovecraft à 11-12 ans, mais que je n’ai lu La maison de la sorcière que beaucoup plus tard, au début de ma vie active. A ce stade, j’aurais dû être blasé, mais j’ai été si complètement immergé dans ma lecture que, même aujourd’hui, j’évite de relire cette nouvelle… Pas parce qu’elle est mauvaise, mais au contraire parce qu’elle remplit parfaitement son office, à savoir me donner des (délicieux ?) frissons d’horreur !

Inutile, donc, de dire à quel point j’étais intéressé par son adaptation graphique : alors, déception ou satisfaction ? Un peu des deux, en fait.

Tout d’abord, j’insiste sur les mots : il s’agit bel et bien d’une adaptation, transposée à l’époque moderne (on aperçoit un ordinateur portable et un smartphone dès les premières planches) et à la France (au lieu de la ville d’Arkham). De plus, il y a un personnage féminin supplémentaire, et certains éléments ont été modifiés. Dans l’ensemble, toutefois, l’essentiel a été préservé, que ce soit en terme d’intrigue ou (surtout) d’atmosphère. Malgré tout, j’aurais préféré une adaptation au plus près du texte original, ainsi qu’une fin un peu moins abrupte (je trouve qu’il y a un certain déséquilibre entre la montée en puissance de l’intrigue et sa résolution).

Côté graphisme, je suis assez partagé : d’une part, le style du dessinateur ne correspond pas vraiment à mes canons, d’autre part je trouve le travail sur les couleurs relativement pauvre, et, enfin, je trouve que certaines fois, il fait un peu le minimum syndical, notamment en terme de décors (je suis, à ce niveau, un grand fan de la précision quasi-maniaque des asiatiques ou, en BD franco-belge, de dessinateurs comme Roger Leloup). Par contre, je le répète, l’atmosphère angoissante, oppressante, horrifique, bref Lovecraftienne est très bien rendue (notamment via les expressions du protagoniste), et j’ai trouvé que les angles de vue quasiment cinématographiques étaient très habilement utilisés et dessinés. Autre point intéressant : les rêves du personnage sont en fait des dessins pleine page sous forme de crayonnés en noir et blanc. Je trouve la cassure que ça induit avec les planches en couleur très intéressante et originale, et ayant un amour qui n’est plus à prouver pour les crayonnés, je suis forcément heureux.

Côté antagonistes, autant Brown Jenkin passe, autant je ne m’imaginais pas la Sorcière comme cela, sans que je la trouve mal faite, juste différente de l’image que je m’en étais faite. En revanche, l’homme noir est un peu bâclé, je trouve, il manque singulièrement de charisme (surtout lorsqu’on connaît son importance réelle dans la Mythologie Lovecraftienne).

En conclusion

Plus adaptation que stricte transposition sous forme graphique, cette BD, si elle ne me satisfait pas tout à fait sur tous les points, est cependant suffisamment intéressante pour que je sois satisfait de mon achat… ah mince non, c’est un cadeau. En tout cas, je lui trouve plusieurs gros intérêts : d’abord, remettre en lumière un texte de Lovecraft qui, je trouve, a été très, très mésestimé, et ensuite permettre de découvrir, sous une forme facile à digérer, l’univers du Maître à ceux qui n’auraient jamais eu l’occasion de le lire. Sans compter qu’à titre personnel, elle m’a donné envie de me plonger dans Apparition de Graham Masterton, un roman qui reprend une créature apparaissant ici, Brown Jenkin.

Pour aller plus loin

Si vous souhaitez avoir un deuxième avis sur cette BD, je vous conseille la lecture des critiques de Blackwolf, de Celindanae,

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8 réflexions sur « Les rêves dans la maison de la sorcière – Pion / Lovecraft / Sapin »

  1. J’ai beaucoup aimé cette adaptation. Certes, quelques points divergent de la nouvelle mais je trouve que ça ne gêne pas surtout au niveau de l’ambiance. C’est plus la fin qui m’a dérangé car elle est assez différente. Cependant, de toutes les adaptations de Lovecraft en bande dessinée, je trouve que c’est une des plus réussie. Je suis d’accord avec toi la nouvelle de Lovecraft est exceptionnelle.

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    1. Ah, tu ne peux pas savoir à quel point je suis content de voir que quelqu’un apprécie cette nouvelle à sa juste valeur, en général elle est regardée comme un travail tardif de maigre qualité dans les cercles Lovecraftiens !

      Concernant la fin, ce n’est pas le fait qu’elle soit différente qui m’a le plus ennuyé, c’est plutôt qu’elle soit rushée : j’ai eu le sentiment qu’on passait énormément de temps pour mettre en place l’intrigue, et que la fin, le point culminant, était expédiée en deux pages. C’est ce déséquilibre qui m’a dérangé.

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      1. Je trouve le thème de la nouvelle excellent et sa structure également. Tout est très bien amené et elle fait vraiment peur. La couleur tombée du ciel aussi me fait peur à chaque fois que je la lis. Je crois que parmi les nouvelles de Lovecraft mes préférées sont Le cauchemar d’Insmouth (la fin m’a tellement surprise la première fois), l’abomination de Dunwich et la maison de la sorcière.

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        1. J’ai un peu le même tiercé gagnant que toi, et J’aime aussi beaucoup Les montagnes hallucinées, Dans l’abîme du Temps et A la recherche de Kadath. Plus quelques textes mineurs comme Les chats d’Ulthar ou La musique d’Erich Zahn, et d’autres que j’oublie sans doute.

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  2. Ce sera non pour moi.
    J’aime dans ce genre d’adaptation, un dessin soigné et un e couleur impeccable. Ton avis reste mitigé sur ces plans alors je décline.

    SUrprise que tu publies sur ce blog, que je pensais destiné à un côté plus rationnel.

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    1. La distinction entre ce blog et le Culte n’est pas basée sur le rationnel, mais sur la forme et en partie le thème : le Culte est destiné à la SFFF sous forme de romans ou éventuellement de livres « techniques » en rapport direct avec la SFFF (écrire de la SFFF, la science dans la SFFF, etc), tandis que TOUT le reste est publié sur le Grand Bazar : BD, critiques de DVD musicaux ou autres, romans non-SFFF (historiques, thrillers, etc), livres de vulgarisation scientifique, d’histoire, et ainsi de suite. Donc, en gros, à 2-3 exceptions près, si c’est un roman SFFF, c’est sur le Culte, si c’est de la SFFF mais sous une autre forme (BD) ou si ça n’a aucun rapport avec la SFFF, c’est sur le Grand Bazar.

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